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La fugue

Comme chaque soir, je rentrais chez moi après ma journée de travail. Devant l’entrée de mon bâtiment, je déverrouillai la porte, et montai les escaliers. Arrivée à la dernière marche qui menait au troisième étage, je m’arrêtai interloquée. Un homme blond avec la peau très claire était assis en tailleur devant ma porte. Il portait un costume trois pièces impeccable qui contrastait totalement avec la position dans laquelle il se trouvait.

 
Quand il me vit, il se leva et s’approcha de moi avec un grand sourire.
 
« Guten Abend, me dit-il. » Ce sont les deux seuls mots que je compris dans tout le charabia qu’il me déballa en suivant.
 
« Et, merde, un allemand, me dis-je. » J’avais bien appris l’allemand en seconde langue, mais cela remontait à plus de vingt ans et je n’en avais plus aucun souvenir. Il faut dire que j’avais eu beaucoup de difficultés avec cette langue, parce que la grammaire allemande était loin d’être facile avec les trois déterminants, et les genres quelques peu différents des genres français.
 
Comme il me dévisageait, je lui répondis par un « guten abend » à peu près correct.
 
« Je suis désolée, dis-je, je ne comprends pas un mot de votre langue. »
 
Et voilà qu’il repartit dans un charabia allemand complètement incompréhensible. Je me souvins soudain que beaucoup d’allemands parlaient très bien l’anglais, et j’étais plus en mesure de me débrouiller dans cette langue qu’en allemand.
 
« Stop, lui dis-je, tout à coup, I don’t speak German, but I speak English a little. »
 
A la tête qu’il faisait, je compris aussitôt qu’il ne parlait pas un mot d’anglais non plus. On était bien avancés ! Et nous sommes restés face à face durant plusieurs minutes à nous dévisager sans pouvoir nous comprendre. Puis, il prit un bout de papier dans sa poche, et commença à dessiner. Petit à petit, le dessin prit forme, il s’agissait d’un chat et je pensai aussitôt à mon Rouky.
 
« Mon chat, demandai-je, en me désignant du doigt ?
– Nein, meine katz.
– Votre chat ? Ben quoi, votre chat ? »
 
Cette fois, j’avais compris. Il me restait tout de même, un peu de souvenirs de mes cours d’allemand.
 
– Il est sur votre balcon, dit une voix qui venait de l’étage supérieur.
 
Une femme brune que je reconnus aussitôt, descendait les marches. C’était ma voisine du quatrième.
 
« Ce monsieur est un ami, me dit-elle, il ne parle pas un mot de français, il est allemand. Son chat a été effrayé par mon berger allemand, et s’est réfugié sur le balcon pour finalement sauter sur le votre. Nous voudrions simplement le récupérer.
 
– Oh ! Bien entendu, répondis-je aussitôt. »
 
Nous entrâmes dans mon appartement, j’ouvris la porte fenêtre qui menait au balcon, et un matou magnifique mais aux poils ébouriffés, bondit dans ma salle à manger. Son propriétaire dut ruser pour l’attraper, et repartit avec l’animal dans les bras.
 
« Merci beaucoup, dit ma voisine.
– Faites attention à votre chien, lui dis-je.
– Oh, ne vous inquiétez. Cette fois, nous l’avons enfermé. Bonne soirée, dit-elle enfin. »
 
Et elle sortit.
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