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Quelle frayeur !

couloir

Photo de Romaric Cazaux

Depuis trois ans que je travaillais à la préfecture de Saint Quentin, l’obscurité du couloir qui menait aux archives m’avait toujours impressionnée. Nous aurions pu nous croire en pleine nuit, mais le jour montrait son nez à travers la porte vitrée que l’on voyait tout au bout et qui menait vers le parc. Cette obscurité que je trouvais oppressante était, en fait, due à un éclairage très insuffisant.

Il n’en fallait pas plus pour éveiller mon imagination. J’appréhendais chaque fois que je devais le traverser, imaginant une ombre menaçante qui se profilerait derrière moi, et me bondirait dessus pour m’égorger. Mes collègues de travail s’en étaient d’ailleurs aperçus et n’avaient pas manqué à plusieurs reprises de me faire des terreurs folles.

Ce jour là, je traversais pour la énième fois le fameux couloir quand je sentis une présence derrière moi. Je me retournai mais ne vis personne. Je pressai le pas afin de sortir au plus vite de ce lieu effrayant.

– Excusez-moi, dis une petite voix féminine dans mon dos. Je ne voulais pas vous faire peur. Je cherchais les toilettes et je me suis perdue. Pouvez-vous m’indiquer la sortie.

Je me demandais comment cette personne étrangère avait pu se perdre dans ce couloir. Pour atterrir ici, il fallait traverser l’accueil, sortir dans le parc, et emprunter la porte de service qui menait aux archives et aux différents services alors que les sanitaire se trouvaient près de la porte principale. Je me retournai doucement afin de faire face à mon interlocutrice quand je sentis un objet pointer dans mon dos, et je vis la jeune femme se sauver en courant.

– Maintenant, écoute-moi bien, dis une voix très grave avec un fort accent oriental. J’ai besoin de renouveler ma carte de séjour, mais personne ne veut me l’accorder parce que je n’ai pas de travail, et personne ne veut me donner de travail parce que ma carte de séjour arrive à expiration dans quelques jours. Alors tu vas gentiment me conduire aux services des immigrations, et fabriquer ma nouvelle carte.

– Monsieur, c’est tout à fait impossible, répondis-je. Je suis une simple archiviste et je n’ai pas l’habilitation pour ce que vous me demandez.

– Ce n’est pas mon problème, dit-il. Débrouille-toi, je veux ma carte, compris ?

Je réfléchis à toute allure. Comment allais-je me sortir de cette situation ? Le service des immigrations était protégé et je n’y avais pas accès.

– Monsieur, je serais ravie de vous aider, mais je n’ai pas accès au service que vous me demandez. C’est un service très protégé, et je n’ai pas le droit d’y entrer.

D’un mouvement rapide, il me fit face, braqua l’arme contre ma tempe, et me regarda d’un air menaçant.

– Je t’ai déjà dit que ce n’était pas mon problème ! Tu fais comme tu veux, mais si je n’ai pas ma carte, je t’éclate la cervelle.

Je tremblais de tous mes membres et cet état de panique me paralysait totalement. Il arma son revolver.

– Alors, dit-il ?

– Je je je ne peux rien rien rien faire … Mon … sieur.

Il appuya sur la gâchette et j’entendis le tintement joyeux de mon réveil. J’ouvris les yeux, Je me trouvais dans ma chambre. Tout ceci n’était qu’un cauchemar.

Merci à Léïloona pour les ateliers qu’elle propose

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9 thoughts on “Quelle frayeur !

  1. Merci de votre passage à toutes les deux.
    Flipperine, moi aussi j’ai eu peur, et je me demandais bien où ce texte allait m’emmener …. lol. D’habitude, quand j’écris, je connais déjà le déroulement et la fin avant même de commencer. Là, j’avais tout juste un début et j’ai découvert l’histoire au fil de son écriture.
    Stéphanie : Oui nos peurs nous poursuivent souvent jusque dans nos rêves. Pour ce qui est de travailler, je ne suis pas convaincue, Je crois plutôt qu’il voulait rester en France et ne pas se retrouver sans revenus comme une immigré clandestin.

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  2. C’est marrant moi aussi j’avais dans l’idée d’écrire dans le registre épouvante – cauchemar… et puis finalement j’ai été emportée ailleurs ! Ton texte colle parfaitement à la photo.

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    • Oui, très lugubre. Mais bon, la photo n’est pas très claire non plus. Mais comme je ne suis pas du tout douée avec la retouche d’images, je suis partie sur une histoire lugubre.

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