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Une erreur de jugement

Voici le texte que je vous ai promis. Il a été écrit dans le cadre du jeu d’écriture “L’Arène des gladiateurs” du forum “Ecrire un roman“.

Les consignes étaient les suivantes :

Le sujet :

Alors qu’il marche dans la rue, le héros trébuche et tombe, se heurtant lourdement la tête contre les pavés. Il tombe dans le coma, et y reste plongé pendant deux mois. Racontez ce qu’il vit pendant ces deux mois.

Nombre de jours pour l’écrire : 3

Nombre de mots : libre

Le texte doit être écrit au présent

Il a envie de choux en permanence

Il doit y avoir une phrase au milieu du texte, qui commence par “Quand je sortirai du coma, je …”

Pour plus de confort de lecture, je vous propose de le télécharger gratuitement au format PDF, ci-dessous.

UNE ERREUR DE JUGEMENT

« Mais oui, Edmond, je vous assure que ce produit fera un carton ! »

Héléna avance d’un pas décidé dans la rue. Ses talons claquent sur le pavé.

« Franchement, je ne suis pas convaincu. Je ne vois vraiment pas l’utilité de ce nouveau produit. D’habitude,je vous suis, mais là …

– Citez-moi une personne de votre connaissance qui n’a pas, au moins une fois, dévalisé son sac ou même sa maison à la recherche de son téléphone portable. »

Comme le vent s’engouffre dans la veste de son tailleur, la jeune femme rabat, de sa main libre, le col de son imperméable. Son interlocuteur reste muet. Il ne trouve rien à répondre mais ne semble pas convaincu pour autant.

« Rencontrons-nous, Edmond. J’aurai plus de facilités à vous présenter les avantages du Bip bip cellulaire.

– D’accord ! Venez demain à 15h00.

– C’est parfait, Edmond, à demain. »

héléna ferme le clapet de son téléphone cellulaire.

« Ah ces PDG, souffle-t-elle ! »

Elle ouvre son sac afin de ranger son téléphone. Une seconde d’inattention et sa cheville vrille, son talon se casse. Héléna perd l’équilibre et dérape. Dans sa chute, sa tête frappe violemment le bord du trottoir. Elle perd connaissance.

*****

« Tiens, la sorcière n’est pas là, ce matin, demande Rémi, en attrapant son gobelet de café ?

– Normalement si, mais je ne l’ai pas encore vue, réplique son collègue Gérard, en avalant une gorgée de soupe aux légumes.

– Au moins, on peut travailler tranquillement.

– Ne sois pas si négatif. On a tout de même des salaires bien au dessus de la moyenne.

– Avec tous les tests qu’elle nous fait passer à l’embauche, c’est logique. elle ne recrute que les meilleurs.

– C’est vrai. Enfin ! De toute façon, elle est comme ça ! Rien ne la changera.

– C’est sûr ! Allez, au boulot. Je vais profiter de son absence pour travailler sans ses cris en toile de fond.

– C’est ça, à plus tard, mon vieux. »

Les deux hommes se dirigent vers leurs bureaux respectifs.

*****

Au même moment, Héléna ouvre les yeux. Elle se relève doucement.

« Quelle chute, se dit-elle en réajustant son tailleur ! C’est bizarre, je me sens très légère. »

Une force qu’elle ne comprend pas la pousse à se retourner. Et là …

« Aaaaaaaaaaaah ! »

Son cri résonne dans toutes les rues environnantes. Enfin, c’est ce qu’elle croit car, en vérité, personne ne l’entend. Son corps est allongé sur le sol, inerte. Des pompiers s’affairent autour d’elle pour la ranimer, en vain. Une ambulance arrive, sirène hurlante.

« Mais que ? J’comprends pas. »

Un vortex lumineux s’ouvre devant elle. Elle se sent irrésistiblement attirée.

« Qu’est-ce que c’est beau ! »

Une odeur de chou-fleur, son plat préféré, flotte sous ses narines. Elle s’approche, avance à tâtons, risque une main. Le tourbillon l’emporte. Elle crie de surprise, puis se laisse guider par l’odeur. Elle arrive au milieu des nuages. Devant elle, une longue file d’attente. Une âme vêtue d’un tablier s’approche d’elle.

« Avez-vous faim, demande celle-ci ?

– Oh oui ! Très faim ! C’est vous qui préparez du chou-fleur ? Ça sent tellement bon.

– Du chou-fleur ? C’est donc là, votre plat préféré ? »

Héléna la regarde incrédule. La serveuse sourit.

« Les nouvelles âmes sont toujours attirées par l’odeur de leur plat préféré. Je peux vous en préparer, si vous voulez.

– Avec joie, répond la jeune femme. Dites, vous croyez que j’en ai pour longtemps ?

– à vue de nez, une bonne journée, répond la serveuse.

– Une journée ? Mais c’est beaucoup trop long !

– Mais vous avez l’éternité devant vous. Vous avez tout le temps.

– Quoi ? Vous voulez dire que je suis morte ? Je suis au paradis, demande Héléna affolée ?

– Très exactement à ses portes. Saint-Pierre est derrière ce grand battant. C’est lui qui décidera de votre sort. Pour l’instant, vous n’êtes que dans le coma.

– Dans ce cas, je dois en sortir très vite. J’ai un rendez-vous avec un client très important demain à 15h00.

– Je crains que ce ne soit impossible, réplique la serveuse.

-Mais pourquoi donc, demande la jeune femme agacée ?

– Parce qu’ici le temps passe beaucoup plus vite que sur Terre.

– C’est à dire, risque Héléna ?

– Et bien une journée ici équivaut à un mois terrestre, répond la serveuse en s’éloignant.

– Un mois, se dit Héléna, mais c’est une catastrophe. Ma société ? Je vais perdre tous mes clients.

– Faites un peu confiance à vos employés pour une fois.

Héléna se retourne. La serveuse est de retour avec une marmite pleine de chou-fleur.

– Déjà ?

– Et oui, il suffit d’un claquement de doigts pour préparer un plat ici. N’oubliez pas que nous sommes au ciel. Installez-vous.

La jeune femme fait volte-face. Une table avec un couvert se trouve juste à côté d’elle.

« Elle n’était pas là, y’a 2 minutes, réplique-t-elle surprise ;

– N’oubliez pas où vous êtes, dit la serveuse en partant. »

Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, Héléna s’installe à table et mange de bon appétit. Une heure passe. La file n’a pas beaucoup avancé. Son ventre gargouille à nouveau.

« J’ai mangé il y a à peine une heure, se dit Héléna. Pourquoi ai-je encore faim ?

– C’est normal, répond son voisin. Le temps défile plus vite ici. Mangez sans crainte, vous aurez à manger à volonté, et vous ne risquez pas de grossir puisque c’est votre âme qui mange, pas votre corps.

– Vous avez l’air d’en savoir beaucoup plus que moi. Pourtant vous êtes juste devant !

– Ce n’est pas mon premier séjour ici. Je suis un habitué.

– Je vois, répond la jeune femme.»

Elle hausse les épaules. De toute façon, elle n’a pas le choix. Elle s’installe à nouveau à table pour manger.

*****

Les heures défilent et les portes s’ouvrent enfin devant elle. Elle avance d’un pas lent et regarde tout autour. Saint-Pierre l’attend dans un grand fauteuil. En apercevant la jeune femme, il sourit.

« Bonjour Miss Héléna, s’exclame-t-il ! J’attendais ta venue avec impatience.

– Alors vous auriez pu me faire passer avant tout le monde, j’aurais gagné du temps et j’aurais peut-être pu limiter les dégâts. J’ai déjà perdu une journée, donc un mois. Quand je serai sortie du coma, je serai obligée de travailler quatre fois plus pour rattraper tout ce temps.

– Ton impertinence légendaire, ricane le vieil homme. Tu n’as pourtant pas toujours été ainsi.

– Renvoyez-moi sur Terre, ordonne-t-elle!

– Pas si vite ! Avant cela, tu dois prendre conscience de certaines choses !

– Quelles choses ?

– Tu verras bien ! Attends dans la salle à côté. Ton ange instructeur s’occupera de toi dès qu’il aura fini.

– Quoi ? Encore attendre ? Mais je fais que ça !

– C’est comme ça, réplique le vieil homme. Maintenant, va ! Je ne veux plus t’entendre. »

Bon gré, mal gré, Héléna se rend dans la salle avoisinante. Elle y trouve une immense bibliothèque remplie de tous les livres de ses auteurs favoris. Pour une fois qu’elle a le temps de lire, elle décide d’en tirer profit. Mais la faim se fait à nouveau sentir et en un éclair, une table dressée apparaît. Elle s’assoit et mange. Puis, elle s’installe confortablement sur un canapé et commence à lire.

*****

Quelques heures plus tard, un homme jeune et très beau, s’approche d’elle en souriant.

« Bonjour, dit-il. »

Héléna lève les yeux de son livre.

« Je suis ton ange instructeur. Je m’appelle Mickaël. »

Héléna se lève, hypnotisée par son regard.

« J’ai envie de choux à la crème, dit-elle.

– Il suffit de demander, répond l’ange en lui tendant une assiette remplie des merveilleuses pâtisseries. J’ai l’impression que tes souvenirs sont en train de ressurgir. Mais nous en parlerons plus tard.

– Je refuse de parler de Thomas, réplique-t-elle !

– Je t’ai dit que nous en parlerions plus tard. Prends ma main. »

Héléna obtempère. C’est pour elle, le seul moyen de revenir sur Terre.

– Où allons-nous, demande-t-elle ?

– à ton entreprise. »

Sur ces dernières paroles, leurs pieds s’élèvent du sol. Ils atterrissent quelques instants plus tard, dans les locaux de l’entreprise que dirige Héléna.

– N’oublie pas. Ils ne peuvent pas te voir, ni t’entendre.

– OK, dit-elle. Qu’allons-nous faire, ici ?

– Te faire prendre conscience de la valeur de tes employés. Te montrer que tu peux leur faire confiance pour faire tourner l’entreprise même quand tu n’es pas là.

– Mais ?

– Regarde dit l’ange. »

Sous les yeux d’Héléna, les employés de la start-up mettent du cœur à l’ouvrage, et tout fonctionne très bien. Deux ou trois fois, elle est égratignée par les remarques de ses employés.

« Quand la patronne n’est pas là, tout le monde travaille beaucoup mieux.

– C’est normal, dit un autre, elle n’est plus là pour nous casser les oreilles.

– Espérons, tout de même qu’elle sortira bientôt du coma, c’est triste ce qu’il lui est arrivé. Je l’aime bien malgré tout.

-Moi aussi, dit l’autre.»

Héléna reste bouche bée. Elle réalise enfin la valeur de son personnel. Même en son absence, l’entreprise tourne à merveille, presque mieux que quand elle est là.

« Apprends à leur faire confiance, dit l’ange. Ton équipe a une grande valeur. C’est bien normal, tu recrutes les meilleurs. Les bons salaires que tu leur donnes ne suffisent pas. Ils ont besoin de sentir que tu as besoin d’eux, que si l’entreprise tourne, c’est aussi grâce à eux.

– Et c’est pour me dire ça que j’ai perdu presque deux mois dans le coma ?

– Oui mais pas seulement, répond Mickaël. Viens, allons dans ton bureau. »

Il lui prend la main, et en un instant, ils gagnent le bureau d’Héléna.

« Qu’est-ce que c’est que ça, demande-t-il, en attrapant une feuille de papier dans un tiroir ?

– Une candidature que j’ai reçu pour le poste de graphiste qui va se libérer. Mais elle n’est pas intéressante.

– Pourquoi, demande l’ange ?

– Cet homme n’est pas fiable !

– Vraiment ? C’est pourtant le meilleur graphiste de Paris. Pourquoi dis-tu qu’il n’est pas fiable.

– J’ai dit que je ne voulais pas en parler. C’est pas parce que vous avez ses yeux que …

– Je ne suis pas de sa famille, si c’est ce que tu penses. Si j’ai les mêmes yeux que cet homme, c’est un pur hasard. Dis-moi ce qui te fais penser qu’il n’est pas fiable. »

Héléna prend un air boudeur.

« J’attends toujours ta réponse, dit l’ange.

– Il m’a planté le jour de notre mariage. Il n’est jamais venu. Il m’a brisé le cœur.

– Et donc, tu veux le lui faire payer en examinant même pas sa candidature ? Tu sais, s’il n’est pas venu, le jour de votre mariage, c’est parce qu’il ne pouvait pas. Sa mère est tombée gravement malade. Il a dû partir en Australie et n’a pas eu le temps de te prévenir. »

Héléna l’observe, troublée.

« Pourquoi il ne m’a rien dit, après ?

– Il a bien essayé. Mais tu étais tellement en colère que tu as refusé de le prendre au téléphone.

– C’est vrai, dit Héléna, les larmes aux yeux. Mais je ne pouvais pas savoir !

– Tu ne lui as pas laissé l’occasion de t’expliquer.

– Je l’aimais, et j’étais blessée.

– Mais, lui aussi, t’aimait. Il t’aimait à la folie. Par dépit, il a épousé une femme acariâtre et méchante, qui l’a détruit. Elle l’a ruiné. Aujourd’hui, il est au chômage parce qu’elle l’a descendu auprès de toutes les entreprises susceptibles de l’engager. Sauf toi, évidemment ! Elle sait qui tu es.

– Pauvre Thomas, dit Héléna. »

Des larmes roulent sur les joues de la jeune femme. Les souvenirs remontent à sa mémoire.

« Je veux des choux à la crème, dit-elle. Sa mère en faisait de si bons.

– Je crois que tu es prête, dit l’ange. »

Sa voix devient peu à peu lointaine. Elle bouge un doigt, puis ouvre les yeux. Elle est dans une chambre d’hôpital. Elle prend son téléphone sur la table de nuit. Le numéro, elle le connaît par cœur. Il n’a pas changé depuis toutes ces années.

« Allo, dit une voix familière.

– Thomas, c’est Héléna.

– Que veux-tu ?

– T’engager, si c’est toujours ce que tu souhaites. »

Thomas ne répond pas. Les larmes dévalent sur ses joues.

« Je te demande pardon, reprend Héléna. Je viens juste d’apprendre pour ta mère.

– J’ai essayé de te le dire !

– Je sais, pardon ! J’étais tellement blessée que je n’ai pas voulu t’écouter. Je t’aime toujours, tu sais.

– J’accepte ta proposition d’embauche. Mais moi, je ne t’aime plus. Je viens de rencontrer la femme de ma vie. »

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